Au niveau mondial, le mois de juin est celui des Fiertés LGBTQI+. L’occasion de rappeler que le combat pour le respect et l’égalité est loin d’être terminé. Ainsi, selon un rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne datant de 2019, 43 % des personnes LGBTQI+ déclarent avoir subi une discrimination au cours des douze derniers mois.
Dans ce contexte, des initiatives pédagogiques comme la Fresque de la Diversité prennent tout leur sens.
La Fresque de la Diversité a été déployée pour la première fois cette année au sein de l’École Centrale de Lille (G3 – tronc commun ingénierie soutenable, 150 élèves) et de l’ENSCL (CI1A, 80 élèves). Pendant trois heures, cet atelier d’intelligence collective, conçu par la chaire de recherche Diversité de l’ESSEC, permet d’explorer les mécanismes cognitifs liés aux discriminations, de découvrir des approches pour les réduire, et de débattre de leur portée ainsi que de leurs limites.
Elle vise également à fournir un vocabulaire commun aux participants afin de favoriser un dialogue constructif et de faire émerger une société plus inclusive et plus apaisée.
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Témoignage de baptiste de Crop, étudiant en 1er année à l’ENSCL.
« La fresque de la diversité s’adresse à tout le monde. Même pour un public déjà averti, elle permet de prendre conscience de réalités du quotidien que l’on ne soupçonne pas.
Pour ma part, j’ai été surpris par certains chiffres que l’on a dû deviner durant l’activité, ou même par certaines nuances que l’on ne questionne pas au quotidien : par exemple, la subtile différence entre inclusion et intégration. Je n’avais personnellement jamais pris le temps auparavant de réfléchir à la différence, qui est pourtant cruciale. L’inclusion permet d’accueillir tout le monde, dans une société qui évolue. L’intégration, quant à elle, demande à l’individu de s’adapter à la société actuelle, qui n’est pas forcément adaptée pour lui, pouvant amener à des inégalités profondes entre les individus. Elle met également en avant un deuxième enseignement essentiel : la différence entre égalité et équité. Là encore, il s’agit d’une distinction essentielle, mais trop peu interrogée au quotidien.
Réaliser que certaines situations problématiques passent inaperçues dans notre quotidien permet à chacun d’évoluer en tant qu’individu, et c’est ce qui rend indispensable cette activité dans la formation d’ingénieur. Nous sommes amenés à devenir des acteurs majeurs de la société de demain, et c’est par cette prise de conscience collective que les choses pourront réellement changer. »
Question à Amina Tandjaoui et Alexandre Mege-Revil, enseignants-chercheurs, qui ont initié et déployé l’intégration de la fresque de la diversité dans le cursus centralien.
Pourquoi avez-vous souhaité intégrer la fresque de la diversité au tronc commun et en quoi a-t-elle toute sa place dans le cursus de formation d’un ingénieur ?
Amina Tandjaoui : « La fresque de la diversité est réalisée en G3 en Tronc commun Ingénierie Soutenable et touche environ 150 étudiant.e.s. de la formation École Centrale de Lille. Il a pour objectif de familiariser les élèves avec le développement durable et la responsabilité sociétale des entreprises (DD&RS). Il couvre différentes thématiques allant du constat des situations aux actions menées par les politiques publiques. La partie sociétale et la place du citoyen est abordée via cette fresque. L’objectif est de sensibiliser les étudiant.e.s des biais qui existent dans nos sociétés en particulier vis à vis des personnes avec des différences et qui créent des mécanismes de discrimination. »
Alexandre Mege-Revil : « La force de la fresque de la diversité est de créer les conditions de témoignages spontanés, qui sont souvent inimaginables pour les personnes non concernées. Les témoignages d’élèves qui ont été victimes de racisme ou de sexisme sont fréquents. Ils permettent aux participants de prendre conscience de certaines difficultés qu’affrontent leurs camarades et qui ne les concernent absolument pas. »
Pour déployer l’animation de la fresque au sein des deux écoles, 10 personnels, de métier enseignants-chercheurs ou administratifs, ont suivi une formation de deux jours pour être habilités à co-animer la fresque.
Question à Séverine Lerouge, responsable des relations entreprises et Anne-Sophie Mamede, maître de conférences, qui ont été formées à l’animation.
Séverine Lerouge : « J’ai accepté d’animer la fresque de la diversité car elle incarne des valeurs qui me sont chères. Dans mon précédent métier de responsable ressources humaines, c’était déjà des thématiques qui m’animaient : inclusion, diversité … donc cela m’a semblé une suite logique. Cela me permet d’être en proximité avec les étudiants et d’échanger sur leurs regards et leurs vécus sur le sujet mais également de partager des moments avec des collègues, d’apprendre à se connaître, d’élargir son réseau… C’est un outil pédagogique et avant tout humain. »
Anne-Sophie Mamede : « La formation à l’animation demande de l’expérimenter d’abord comme participant. À cette occasion, j’ai pris de conscience d’être privilégiée. Je le savais, mais j’ai identifié plein de situations qui pour moi sont faciles, alors que pour d’autres, elles peuvent être très difficiles. Comme par exemple, le fait d’être gênée de se balader dans la rue main dans la main avec la personne que l’on aime.
En tant qu’enseignante, c’est presque instinctif chez moi d’expliquer et de transmettre des connaissances. C’était donc naturel de me porter volontaire pour accompagner les étudiants : leur donner les bons outils et des clés de compréhension du monde dans lequel ils évoluent, les aider à faire le tri des informations. Je trouve primordial de les sensibiliser à se questionner sur le fonctionnement de la société et d’élargir le champ de leurs préoccupations – ils sont très souvent uniquement centrés sur la réussite de leurs études. »

